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Rencontre avec Amélie de Montchalin, Secrétaire d’État en charge des affaires européennes

Ecrit par le 12 juillet 2019


Amélie de Montchalin, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, en charge des affaires européennes, était en visite jeudi 11 juillet à Lisbonne. L’occasion de rencontrer la communauté française installée au Portugal, mais aussi et surtout de s’entretenir avec ses homologues portugais et espagnol. Nos partenaires de la French Radio l’ont rencontrée.

Dans cet entretien, l’ex-députée de l’Essonne et vice-présidente du groupe En Marche à l’Assemblée évoque les ambitions françaises à l’aube d’une nouvelle législature européenne, mais aussi les dernières nominations aux postes clé de l’UE ou les problématiques que rencontrent les Français installés dans les pays européens. Ancienne économiste sur la zone euro, Amélie de Montchalin aborde aussi la manière dont le Portugal a su remonter la pente économiquement, et les fonds communautaires dont il a bénéficié durant la crise.

 

Bonjour Amélie de Monchalin, vous êtes Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, en charge des affaires européennes. Nous vous rencontrons ce jeudi 11 juillet à Lisbonne tout près de l’Ambassade de France car vous êtes en déplacement au Portugal, vous venez notamment pour rencontrer des Français installés ici mais aussi et surtout pour vous entretenir avec vos homologues portugais et espagnol, quels sujets allez-vous aborder en priorité ?

L’Ambassade de France à Lisbonne

La France, l’Espagne et le Portugal travaillent très bien ensemble sur de très nombreux sujets: le climat, les enjeux sociaux, les enjeux de défense et de politique européenne de la recherche. Il y a peu de sujets sur lesquels nous ne sommes pas d’accords. Il y a sur le sujet des migrations un gros travail avec l’Espagne à faire, de compromis, de consensus, nous allons travailler et dialoguer et la France a toujours la même stratégie, nous proposons et rassemblons comme nous l’avons fait sur le climat.

Le but est de ne pas créer un front ibérique, de ne pas créer des blocs, je ne pense pas qu’il y ait des blocs de l’est, du sud… en revanche, sur beaucoup de sujets sociaux comme le SMIC européen, la formation, la sécurité sociale et l’accès à l’assurance chômage, nous avons une culture commune et il est intéressant de se renforcer ensemble pour ensuite convaincre les autres.

Votre parcours : vous êtes diplômée d’HEC, d’Harvard, vous avez travaillé dans le privé, vous avez remplacé Nathalie Loiseau au gouvernement, vous êtes aujourd’hui une jeune ministre de 34 ans qui parcourez l’Europe. Alors que s’ouvre justement une nouvelle législature européenne, quels sont les messages que la France tente de faire passer ?

Nous avons 4 priorités : la transformation climatique et écologique, transformer nos modes de production et de recyclage et alimentaire, tout notre modèle économique en fait.

Amélie de Montchalin, Secrétaire d’Etat aux affaires européennes

Ensuite il y a le modèle économique et social.Comme nous créons des emplois, il faut que ce soit des emplois viables et pas des emplois précaires, des « mini jobs ». Et comme nous créons de la prospérité, il faut de l’innovation pour continuer dans 5, 10, 15 ans, à avoir des emplois en Europe.

Troisième priorité : la protection. Nous protéger des risques extérieurs, ce qui est lié à la défense, et aussi nos frontières. Nous ne pouvons pas gouverner un territoire si il n’y a pas de limites, cela ne veut pas dire qu’il faut refuser l’accueil des réfugiés mais il faut s’organiser.

“Nous voulons que l’Europe n’ait pas peur de s’adresser aux Chinois et aux Américains”

Enfin, la voix de l’Europe dans le monde, nous voulons que l’Europe n’ait pas peur de s’adresser aux Chinois et aux Américains, nous voyons actuellement qu’il y a une crise avec l’Iran, autant de sujets sur lesquels nous devons peser.

4 priorités qui se déclinent selon les pays, les objectifs sont partagés et les moyens sont discutés. Nous avons une feuille de route commune, les Chefs d’Etat et de gouvernement se sont mis d’accord il y a 10 jours, nous avons désormais 5 ans devant nous pour avoir des résultats et travailler en détail.

2 femmes et 2 hommes ont récemment été nommés à des postes clés de l’Union européenne, la parité est respectée. Au-delà de ce symbole, qu’avez-vous pensez du processus de nomination et notamment de la candidature « franco-allemande » à la tête de la Commission européenne de Mme Ursula von der Leyen, même le Président de la Commission Jean-Claude Juncker a critiqué cette nomination pour son opacité.

J’ai été avec le Président de la République pendant ces journées et ces nuits qui ont été longues. Cela n’était pas opaque, il faut se demander à la fin comment avoir une équipe de gens libres, courageux, et qui vont faire bouger l’Europe. Nous aurions pu, comme souvent, choisir le dirigeant avec le plus petit dénominateur commun, en deux heures, cela ne fait pas avancer l’Europe et les citoyens ne s’y retrouvent pas.Nous avions une exigence : des gens compétents, un équilibre homme / femme, ce n’est pas facile car pendant des années ce n’était pas un critère. En termes d’équilibres géographiques, tout le monde devait comprendre que nous faisions avancer l’Europe et que justement il n’y avait pas des blocs géographiques se battant les uns contre les autres.

L’opacité, si elle est perçue, c’est car nous y mettons parfois des choses qui ne sont pas dans le jeu. Pendant une nuit, il y a eu le pire de l’Europe avec des débats, nationaux et d’égos, qui n’avaient rien à voir. Mme Merkel et M. Macron ont dit stop, nous sommes rentrés chez nous et revenus dans un esprit européen.

Ursula von der Leyen et Jean-Claude Juncker

Vous parlez justement de Mme Merkel et M. Macron, pensez-vous qu’il s’agisse d’une victoire franco-allemande sur les pays de l’est et du sud notamment ?

Ce n’est pas une victoire franco-allemande mais une proposition franco-allemande qui a fait consensus. Mme Merkel a eu une phrase intéressante : « si chaque pays veut avoir un leader, il faut 28 jobs ». 4 positions sont entre les mains des dirigeants, nous ne pouvons pas mettre tout le monde de tous les pays. Par exemple nous sommes ici au Portugal, M. Barroso a dirigé la Commission européenne pendant 10 ans. Etais-ce une victoire pour le Portugal, en tout cas il représentait les intérêts de l’Europe.

« si chaque pays veut avoir un leader, il faut 28 jobs » Angela Merkel

Il était important que la France et l’Allemagne fassent une proposition sur un consensus, beaucoup de scénarios différents ont été travaillés, celui qui s’est produit était au moins le 4èmeou le 5ème. Il n’y avait pas de plan caché et nous avons, comme dans l’histoire européenne, cherché le consensus.

Vous venez d’évoquer le Portugal, ici l’Union européenne a joué un rôle important dans le renouveau du pays après la crise de 2008, que pensez-vous des mécanismes de solidarité qui ont joué et seraient-ils toujours présents demain si une crise advenait ?

C’est tout l’enjeu du budget de la Zone Euro, des mécanismes de stabilisation, du renforcement de l’Union Bancaire, nous avons vu que la Zone Euro pouvait avoir des situations asymétriques, c’est-à-dire certains pays prospèrent et certains vont être en difficulté. La France se bat fortement et est proche sur ce point du Portugal et de l’Espagne pour pouvoir affronter une nouvelle crise avec des armes plus préparées que ce qui fut une surprise en 2009 et 2012.

Nous voulons des mécanismes renforcés et plus rapides car à l’époque, moi qui était économiste, j’ai constaté la lenteur, c’est tout l’enjeu notamment du budget de la Zone Euro.

Vous avez été économiste vous l’avez indiqué, le Portugal apparait comme un pays qui a bien su gérer les fonds européens, remonter la pente économiquement, est-ce un exemple à suivre par d’autres pays et notamment ceux de l’est ?

Ce qui est sûr c’est que le Portugal est un pays très persévérant. Il y a eu des réformes budgétaires difficiles, ensuite une politique économique menée avec une forme de constance, pas forcément vue comme naturelle, elle était courageuse et hétérodoxe. Je vois surtout la constance et la cohérence. Ce qu’a fait le Premier Ministre récemment au moment de mettre en balance sa démission potentielle, cela a montré une forme de courage politique.

“J’ignore si cela doit être un exemple pour d’autres mais le courage politique est toujours une vertu”

Ce que je retiens de ce pays, c’est le courage de ses dirigeants à aller au bout des choses avec une forme de persévérance. J’ignore si cela doit être un exemple pour d’autres mais le courage politique est toujours une vertu.

Concernant, enfin, les nombreux Français qui vivent en Europe, il n’y a plus d’obligations de visas pour s’installer, l’espace bancaire s’unifie, celui des télécoms aussi, et pourtant dans de nombreux pays il y a des résistances nationales comme ici au Portugal. L’Etat a par exemple continué à appliquer une taxation sur les immatriculations de véhicules européens, ou encore la France qui a dû rembourser la CSG collectée indûment pendant des années. Pour qu’une véritable citoyenneté européenne puisse prendre corps, ne faut-il pas que les grandes entreprises et les Etats jouent eux même le jeu ?

C’est ce qu’on appelle le marché intérieur avec des grandes libertés, la liberté de circulation, de commerce, cela a fait l’Europe. Nous devons toujours être vigilants, nous demandons d’ailleurs à la Commission européenne de vérifier que des petites choses insidieuses ne remettent pas en cause ce marché intérieur.Ce n’est pas l’ultra libéralisme, ce sont des projets concrets de citoyens européens et nous continuerons à faire avancer les choses concrètement, pas par idéologie mais pour faire développer ce continent que nous aimons tous.